LA GREVE DES MEDECINS TOURNE A LA PARTIE DE BILLARD (canard enchaîné - Extraits)
- Un gouvernement anesthésié depuis longtemps par les toubibs. Des ministres qui s'écharpent. Pendant ce temps, l'Elysée guette un éventuel choc opératoire de Jospin.
- Un grand bravo à Bernard Kouchner (.../...)
- " Dès septembre, nous avions mesuré à quel point les professions de santé étaient en ébullition. Nous avons alors averti Guigou et elle n'a rien fait. Du coup le climat est devenu explosif ", peste un haut responsable du PS. Et d'ajouter que les socialistes n'ont pas été les seuls à établir ce diagnostic : " Claude Maffioli, le président de la CSMF (la Confédération des syndicats médicaux français), faisait la même analyse que nous. Mais il a réussi à faire patienter ses troupes jusqu'à aujourd'hui, en leur faisant miroiter que la période préélectorale serait plus propice. " Et voilà Elisabeth Guigou accusée d'être ainsi acculée à lâcher aux médecins beaucoup plus qu'elle ne l'aurait fait il y a quatre mois.
- Au siège du PS, la machine à distribuer les claques n'épargne personne (.../...)
- En réalité, si Guigou n'a pas appuyé sur l'accélérateur dès l'automne dernier, c'est qu'elle a cru sur parole ses interlocuteurs. Jusqu'à l'été 2001, ceux-ci affirmaient vouloir privilégier le dialogue avec le gouvernement. Ainsi, le nouveau président du Centre national des professions de santé (CNPS), Jacques Reignault, clamait, voilà deux ans, qu'il entendait transformer son organisation en " force de proposition ". La gentille Guigou a donc fait voter un texte de loi qui reconnaît le CNPS comme représentant attitré des professions de santé : des infirmières aux grands chirurgiens en passant par les kinés et les dentistes. Une faveur aux relents corporatistes qui ne lui a pas vraiment porté chance. Le CNPS est aujourd'hui le moteur des conflits qui affectent la quasi-totalité des professions de santé.
- De même, Claude Maffioli, président de la Confédération des syndicats médicaux, qui, le 12 juillet dernier, était tout miel lors du " Grenelle de la santé " organisé par la ministre, appelle désormais les médecins à entrer en guerre. (.../...)
Sur le site Internet de sa confédération, le même Maffioli s'exhibe, en photo, en compagnie d'Alain Madelin. Le dirigeant syndical.est, on le sait, élu de Démocratie libérale à Reims, et guigne une circonscription pour les prochaines élections législatives.
- Le Centre national des professions de santé (CNPS) a, quant à lui, appelé à une grande manif pour le 10 mars, à moins d'un mois et demi du premier tour de la présidentielle. (.../...)
- Souffrir pour la santé : Depuis, la lune de miel continue. Au moins une fois par an, Chirac invite l'état major du CNPS à déjeuner à l'Elysée. En retour, il est l'invité d'honneur de ses grandes réunions. La prochaine tribune est prévue pour le 14 février. Soit un peu plus de deux mois avant la présidentielle.
- La Sécu, pour sa part, se passerait bien de l'accumulation de promesses et de rallonges. La révocation de Gilles Johanet, actuel directeur de la Caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam), montre d'ailleurs que l'heure... électorale n'est pas aux économies. (.../...)
- A Matignon, les perspectives ne sont pas plus froufroutantes. " En matière de régulation des dépenses de santé, il convient d'être modeste ", philosophe l'un des principaux conseillers de Jospin. Une véritable maîtrise des dépenses nécessiterait, en effet, " un contrôleur derrière chaque médecin. Avec des problèmes éthiques et pratiques insurmontables ". Du coup, les bonnes vieilles recettes ressortent des placards : " Comme sous Juppé, poursuit-il, nous avons essayé de mettre au point des clauses collectives de sauvegarde, et comme l'ancien gouvernement nous avons été retoqués par le Conseil constitutionnel et le Conseil d'Etat. " Jospin-Juppé, ou les deux visages d'un même calvaire ?
Alain Guédé
- Guigou et blessures : La ministre de l'Emploi et de la Solidarité a des bleus à l'âme à propos de son sous-ministre à la Santé et s'en est ouverte en fin de semaine dernière devant quelques conseillers : " Je sais bien que Kouchner se répand partout dans Paris sur le fait que je l'empêche d'agir dans le conflit avec les médecins. Mais tout est copiloté par Matignon, et je ne fais qu'appliquer les consignes du Premier ministre. Si Kouchner n'est pas content, il n'a qu'à s'expliquer avec Jospin. Et puis, lui qui ambitionne un grand ministère de la Santé, il n'a pas que des bonnes idées. Souvenez-vous qu'il était contre l'allongement à 12 semaines du délai de l'IVG... " Kouchner, lui, est resté favorable à l'interruption volontaire de la ministre.
- Hypertension contagieuse : Dans deux semaines, la Caisse nationale d'assurance-maladie n'aura plus de patron. Rien ne va plus, en effet, entre le président (CFDT) du conseil d'administration de la Cnam, Jean-Marie Spaeth, et son directeur, Gilles Johanet, qui devrait être révoqué en Conseil des ministres - aux dernières nouvelles le, 6 février- En toile de fond, les tiraillements se sont multipliés entre Matignon et Fabius, sur le dérapage tolérable ou pas de la dépense médicale. Et Bernard Kouchner, ministre délégué à la Santé, considère sa ministre de tutelle, Elisabeth Guigou, avec l'aménité d'un Kosovar croisant un Serbe. Un modeste accord avec les kinésithérapeutes a servi de révélateur à ces tensions. Johanet proteste, il entend avant tout freiner la dérive de leurs dépenses : " Cest moi le directeur, tempête ce dernier, je n'appliquerai pas une augmentation des honoraires. " Cet automne, Laurent Fabius soutient, par écrit, la volonté de rigueur du directeur de la Cnam. Tandis que sa collègue Guigou, elle, est décidée à donner son agrément à la convention passée par le président de la Caisse avec les kinés. L'agrément gouvernemental finalement accordé le 13 janvier à la convention est jugé illégal par Johanet. Lequel refuse de l'appliquer et, ne voulant pas démissionner, attend stoïquement sa révocation.
PB A+
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