SIDA : un cas intéressant de croyance versus science
mercredi 2 mai 2001
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Une croyance au panier
Voici un cas intéressant de croyance versus science.
Si vous avez dévoré l'an dernier le best-seller La
Rivière, un essai sur les origines du sida, il y
a de bonnes chances pour que soyez convaincu que le
sida est né malencontreusement d’un vaccin contre la
polio expérimenté en Afrique. Mais quatre solides études
scientifiques viennent de démontrer le contraire. Cela
suffira-t-il à ébranler les croyants ?
Que pensez-vous de cette nouvelle?
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Science-Presse/Médito
Les quatre équipes, indépendantes les unes
des autres, arrivent à une conclusion claire et sans
appel : le
vaccin contre la polio n’est pas lié au sida. En
fait, aucun des échantillons de ce vaccin ne
contient la moindre trace ni de VIH ni de VIS —le
virus cousin du VIH, propre aux singes- ni même d’ADN
de chimpanzé —un élément pourtant central à la théorie
du coloré journaliste britannique Edward Hooper.
Edward Hooper, c’est celui qui, en 1999,
avec son ouvrage La Rivière (The River)
déclencha une controverse dans les milieux médicaux
et universitaires, controverse qui s’est étendue jusqu’au
grand public, puisqu’elle a transformé son enquête journalistique
en best-seller. La théorie qu’il y défendait —et qu’il
défend toujours- est la suivante: un vaccin contre la
poliomyélite expérimenté en Afrique dans les années
50 aurait contenu des cellules de chimpanzés infectées,
à l’insu des chercheurs, par le virus VIS. Un million
de personnes ainsi vaccinées au Congo entre 1957 et
1959 auraient reçu ce virus —une masse critique largement
suffisante pour qu’en émerge, des années plus tard,
le sida.
En
septembre dernier, dans le cadre d’une rencontre
spéciale de la Société royale de Londres, des résultats
préliminaires des recherches dont il est question ici
avaient déjà fortement ébranlé la théorie Hooper. L’auteur
avait alors rejeté ces résultats, les qualifiant de
sans fondements.
Pourtant, à les voir à présent imprimés
noir sur blanc, ils semblent plus que solides. Et la
théorie Hooper n’est plus seulement ébranlée, elle
est piétinée. Par exemple, une équipe de l’Unité
de rétrovirologie moléculaire de l’Institut Pasteur,
à Paris, aidée de collègues de Californie et de New
York, a analysé cinq échantillons congelés du vaccin
suspect et a tenté d’y déceler des traces de VIH ou
simplement d’ADN de chimpanzé. Chou blanc, décode-t-on
de leur étude publiée
dans Nature. L’un de ces échantillons fait
pourtant partie du groupe qui a servi à vacciner des
milliers de personnes, incluant des enfants, à Léopoldville
(aujourd’hui, Kinshasa), au Congo, en 1959 et 1960.
I prefer playing roulette for fun because I do not have enough money to make big wagers.
Et ce n’est pas tout. L’une des études,
publiée dans Science, par des chercheurs britanniques
de l’Université Oxford et français de l'Institut de
recherche pour le développement de Montpellier, arrive
même à la conclusion que, compte tenu de "l’arbre généalogique
génétique" du VIH —en d’autres termes, les multiples
variations qu’on lui connaît aujourd’hui, ses "familles"
en quelque sorte- il ne peut pas être né d’un vaccin:
une origine aussi restreinte signifierait aujourd’hui
une diversité beaucoup moins grande du vaccin. En revanche,
une origine beaucou plus ancienne du virus devient alors
beaucoup plus probable. Et justement, au cours de la
dernière année, deux études ont coup sur coup pointé
les années 30 comme période probable d’apparition de
ce micro-organisme chez les humains.
Mais même sans cela, l’étude des échantillons
de vaccin est déjà dévastatrice pour Hooper. Un deuxième
groupe, de l’Institut britannique des études et du contrôle
des normes biologiques (NISBC), qui publie également
dans Nature, s’est penché plus particulièrement
sur un échantillon fourni par l’Institut Wistar de Philadelphie.
A l’époque de la sortie de The River, cet Institut
n’avait pas encore pu fournir un tel échantillon, et
il faisait partie des coupables pointés du doigt par
Edward Hooper. Là non plus, ni VIH ni VIS, et uniquement
des cellules de macaques —et non de chimpanzés- comme
le soutenait Wistar. Or, les macaques ne sont pas porteurs
du VIS. Seuls les chimpanzés le sont.
Un troisième groupe, de l’Institut Max Planck
d’anthropologie de l’évolution, en Allemagne, arrive
exactement à
la même conclusion. Cellules de macaques, pas de
chimpanzés.
"Nos découvertes, résume dans Nature,
pour son groupe, Philippe Blancou, de l’Institut Pasteur,
ne permettent pas d’appuyer l’hypothèse suivant laquelle
le VIH aurait été introduit par la vaccination orale
contre le virus de la polio."
L’ironie derrière tout cela, analyse
dans Nature Robin Weiss, du département d’immunologie
du Collège universitaire de Londres, c’est que ces nouvelles
études "n’auraient sûrement pas été entreprises si Hooper
n’avait pas exigé une analyse de l’ADN des échantillons".
De sorte que nous lui sommes "redevables pour avoir
pousser cette cause". Humour britannique ou grand sens
de la diplomatie ?
Certes, les partisans de la thèse Hooper
auront beau jeu de prétendre que cela ne prouve
pas qu’Edward Hooper a eu tort. "C’est le vieux problème
de démontrer la négative", souligne pour Nature
Neil Berry, du NISBC, rappelant le fait, bien connu
des philosophes d’il y a 2500 ans, qu’il est impossible
de prouver que quelque chose n’existe pas...
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