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22 décembre 2001
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Peut-être la plupart des médecins n'ont-ils pas choisi ce métier dans un but productiviste ou lucratif, mais cela est-il une garantie suffisante, une sorte de sceau attestant d'une qualité particulière, innée et éternelle, de celui qui a fait ce choix de départ ?
Dire cela, c'est d'abord abonder dans le sens ce ceux qui veulent continuer à compter sur notre bénévolat. C'est sur cet a priori sacerdotal (dont il ne croit pas un mot) que s'appuyait il y a peu Bernard Kouchner pour nous faire honte publiquement d'oser réclamer des conditions de travail plus décentes.
Et puis, ne suffit-il pas de regarder autour de soi pour constater que c'est une vision très idéalisée de la réalité ?
Car dire cela, ensuite, et dire que le paiement à l'acte pur puisse avoir été un jour "égalitariste" ou même simplement égalitaire, c'est oublier l'état dans lequel était la médecine générale il y a quelques années : une sous-sous qualification destinée aux basses oeuvres et à servir de faire valoir aux spécialités nobles, une forme d'exercice qui permettait à certains des rentes de situation conséquentes tandis qu'il en laissait d'autres sur le carreau, sans que cela dépende un seul instant de la qualité du travail fourni. C'est oublier aussi que les clientèles de plus de 50 patients par jour n'ont pas attendu la pénurie de médecins pour exister.
Qu'ont fait, pour la médecine générale, ceux qui portent le libéralisme à tous prix comme l'étendard de la qualité en médecine, à l'époque où ils étaient aux affaires ? Ce type paiement à l'acte a-t-il jamais réussi à mettre en valeur la médecine générale et ses particularités d'exercice, qui en font une spécialité si complète et si humaine, et qui ne peut se résumer à une somme d'actes isolés ? Il y réussit moins que jamais dans notre monde actuel, où il ne fait qu'encourager le consumérisme ambiant. Bien d'autres pays dits développés ont compris cette inadéquation avant nous, sans que cela soit du tout corrélé avec leur régime politique ou leur idéologie. L'idéologie, l'irrationnel, ils sont du côté de ceux qui prétendent qu'introduire d'autres formes de rémunérations que le paiement à l'acte, c'est aller vers la mort de la médecine générale.
Non, il n'est pas compliqué, en effet, de se contenter de revaloriser le C et le V pour augmenter le niveau de vie des médecins. Mais il est bien plus compliqué d'expliquer comment cela pourrait permettre de résoudre le grave problème de la démographie médicale, celui tout aussi aigu de la permanence des soins, celui de la trop grande prééminence des actes curatifs et courts sur les actes préventifs, et tant d'autres problèmes qui démontrent jour après jour l'échec du paiement à l'acte pur à favoriser une médecine générale de qualité dans notre monde moderne.
On ne sauvera pas la médecine générale de proximité, on ne fera pas revenir les jeunes médecins vers la campagne et les zones défavorisées, à coups de C et V à X euros.
C'est ce qui montre que si certains syndicats, qui prétendent représenter les médecins, se préoccupaient autant de la santé publique et de la santé des patients que de leur niveau de vie et de la défense de leur idéologie politique, ils ne rejetteraient pas avec un tel acharnement d'autres formes de rétribution que le seul paiement à l'acte.
Laurence
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