A.I., la vraie histoire
mercredi 18 juillet 2001
Il sourit quand on lui parle gentiment, baisse la
tête et les oreilles si on le dispute. Il parle, se fâche,
apprend et gagne tous les coeurs avec ses airs enfantins.
C'est un robot. Mais il n'a rien à voir avec celui du film
A.I.
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Science-Presse/Médito
Kismet, c'est son nom, est une machine du
Laboratoire d’intelligence artificielle du Massachusetts
Institute of Technology (MIT). Alors que le dernier film de
Steven Spielberg — A.I. — remet sur la sellette le thème de
l’androïde conscient, les scientifiques bossent sur des
versions primitives de robots capables d’imiter non seulement
les gestes des humains mais aussi leurs réactions. Et si les
scientifiques ont, depuis plus de 30 ans, bien des difficultés
à reproduire les gestes, ce n'est rien à côté des maux de tête
que leur procurent les émotions.
Cela n'empêche pas que Kismet — une tête
robotisée capable d’expressions faciales — soit d'ores et déjà
une merveille d’ingéniosité technique. Ses concepteurs ne
refèrent déjà plus à lui comme à une machine, mais l’appellent
d’emblée par son prénom.
Plus qu’un robot : une créature !
"C’est un système très compliqué que nous avons
assemblé. Ce que nous voulions faire, ce n’était de créer un
robot mais bien une créature avec tout ce que cela comporte",
explique le Dr Cynthia Breazel, responsable du projet au
MIT.

Kismet est doté de 21 moteurs qui lui permettent
de bouger la tête, les yeux, les lèvres, les paupières, les
oreilles et les sourcils. Malgré ses airs de Furby inachevé,
il peut donc avoir toute une gamme d’expressions, en réaction
avec son environnement.
"Ce langage corporel nous permet aussi d’être
sûr qu’il comprend ce qu’on lui dit", explique le Dr Cynthia
Breazel. Kismet devient tout sourire lorsqu’on l’encourage et
triste si on le gronde. Il reconnaît les intonations dans la
voix et change lui-même de ton pour exprimer sa joie ou sa
déception. Il nous suit des yeux dès qu’on entre dans la
pièce.
Car Kismet n’est pas qu’un "animatronic" comme
ceux du cinéma. Autrement dit, il ne fait pas qu’imiter : il
réagit aux stimulis et apprend. Des lignes et des lignes de
psychologie humaine entrent dans sa programmation et Kismet a
un peu les réactions d’un jeune enfant face à son
entourage.
Conçu pour une interaction face à face, il peut
aussi percevoir certains stimulis comme une agression. Si on
agite un jouet devant lui, il pourra se sentir menacé et
détournera la tête dans une attitude normale de fuite.
"Parfois un jouet n’arrivera pas à l’intéresser et il
préférera engager la conversation en cherchant plutôt le
visage de son intelocuteur. Un signal normal dans une
interaction humaine", ajoute Cynthia Breazel.
Des limites techniques
Kismet est toutefois encore à des
années-lumières des androïdes du cinéma. Ainsi, pas question
de le déplacer : sa tête est reliée à 15 ordinateurs situés
dans une autre pièce et fonctionnant en parallèle. Le système
de vision de Kismet est doté de quatre caméras et neuf des
ordinateurs servent uniquement à cet aspect de la perception
sensorielle : il faut tout cela pour que le robot puisse
percevoir la distance et les expressions faciales de son
interlocuteur.
Pour lui parler, on doit également utiliser un
microphone, car il a encore du mal à déchiffrer notre voix
s’il y a trop de bruits dans la pièce où il se trouve.
On peut aisément imaginer l’ampleur des défis
techniques qui permettraient de relier la robotique et
l’intelligence artificielle, pour créer un androïde complet
capable de se déplacer et d’exprimer des émotions.
Mais la chose est-elle envisageable ? On songe
par exemple à utiliser des composants organiques dans
d’éventuels androïdes et, déjà, Honda a créé un robot à forme
humaine qui marche alors que Sony vend un chien-robot comme
animal domestique. Où tracer la ligne si des robots en partie
organique et capables de sentiments sont mis sur le marché ?
Le Dr Breazel ne croit pas qu’on en arrive là.
"Il y a peu de nécessité à construire des robots qui
ressembleraient trop aux humains. Mais les androïdes donneront
peut-être lieu un jour à un débat de société comme c’est le
cas actuellement pour le clonage", pense-t-elle.
N’empêche que Kismet réussit déjà à changer
notre perception des machines intelligentes. Il n’est pas
qu’un vulgaire ordinateur et les gens s’adressent
naturellement à lui comme à un enfant ou un animal de
compagnie. Bref, à quelque chose d’organique.
"Quand on me demande si Kismet a des émotions,
je dois bien sûr répondre non. Bien que ces réactions soient
modulées sur les émotions humaines, ce n’en sont que des
simplifications", insiste le Dr Breazel.