revue de presse de l'huile de coude (énergie de l'avenir chez nos potes du sénat : salut Trégouet, Lorrain, About...)
samedi 6 avril 2002
Éditorial : L’ENERGIE DE L’AVENIR
Le mouvement écologiste qui, actuellement, participe au Gouvernement de la
France s’est engagé dans une voie sans issue. En s’opposant de façon
irréductible à la production d’énergie nucléaire, il blesse le bon sens. Dans
notre Pays, les trois quarts de l’électricité sont d’origine nucléaire. Cette
énergie permet à la France d’éviter, chaque année, l’envoi dans l’atmosphère
de quelque 700 millions de tonnes de CO2 (émission égale à celle que
produiraient quelque 200 millions de voitures). Grâce à l’énergie nucléaire,
un Français produit 1, 8 fois moins de CO2 qu’un Allemand et 2, 9 fois moins
qu’un Américain. Dans une époque où nous prenons conscience que pour la
première fois depuis l’origine des temps, l’activité humaine a des
conséquences directes sur le destin de notre Planète, il faut que les hommes
responsables sachent prendre les décisions pertinentes.
Certes, il faut considérer avec sérieux et une particulière rigueur les
problèmes de la sûreté nucléaire et du retraitement des déchets nucléaires
mais ces risques qui doivent rester maîtrisables sont beaucoup moins lourds de
conséquences qu’un réchauffement de 3 à 5° C de la température de l’atmosphère
pendant ce prochain siècle. Nous voyons l’Antarctique se déliter sous nos
yeux, nous constatons le recul des glaciers dans les massifs montagneux, nous
vivons année après année des hivers « hors normes » avec leurs cortèges de
tempêtes et d’inondations, et pourtant nous voyons un mouvement politique qui
appuie son « credo » sur l’environnement qui, en voulant nous faire reculer
dans le nucléaire, nous invite implicitement à dépenser plus de pétrole… qui
est la source essentielle de CO2, principal gaz à effet de serre !
Certains discours voudraient nous faire croire que les énergies
renouvelables pourraient se substituer à l’énergie nucléaire. Ceux qui
tiennent de tels propos veulent sciemment nous tromper. Pour remplacer le parc
nucléaire actuel par des éoliennes, il faudrait quelque 50.000 éoliennes.
Quand on sait que le plus grand parc éolien qu’il est actuellement prévu de
construire, mais qui n’est pas encore réalisé, ne comptera que 117 éoliennes
et que celui-ci soulève déjà d’énormes problèmes, nous constatons que le
chemin à parcourir pour aller de la coupe aux lèvres est encore bien long.
Bien plus sérieusement, beaucoup de responsables pensent que le gaz
pourrait se substituer au nucléaire. Là aussi c’est une erreur. Et ce pour une
double raison. Le gaz, lorsqu’il produit de l’énergie, même si cela est plus
discret, émet du CO2 et participe donc au réchauffement climatique. Par
ailleurs, alors que le nucléaire nous a permis d’acquérir une véritable
indépendance énergétique, au contraire, le gaz qui provient pour plus des
trois quarts de pays extérieurs à la Communauté Européenne rendrait la France
à nouveau dépendante. Après quelques années d’hésitation sinon de doute, tous
les spécialistes les plus objectifs recommencent à affirmer que seule
l’énergie nucléaire peut de façon durable répondre aux besoins de
l’Humanité.
Certes, pour répondre aux exigences compréhensibles de nos populations, il
ne faut pas relâcher nos efforts pour développer un nucléaire du futur
toujours plus sûr et produisant moins de déchets. C’est pourquoi il faut
continuer le développement du réacteur nucléaire franco-allemand EPR développé
par Siemens et Framatome. Sa principale nouveauté réside dans son îlot
nucléaire dont la conception diviserait par dix la probabilité d’accident,
tout en améliorant les performances aussi bien au niveau de la puissance que
de la durée de vie et de la période de production, sans arrêt du réacteur. Par
ailleurs, les travaux importants permettant d’espérer une amélioration du
traitement des déchets, allant jusqu’à la transmutation en passant par des
réacteurs omnivores, capables de brûler leurs propres déchets, doivent être
poursuivis et même amplifiés.
Mais la production d’énergie nucléaire ne suffit pas en elle-même pour
réduire fortement l’effet de serre. En effet, à ce jour, le secteur du
transport (essentiellement les automobiles et les poids lourds) représente
déjà le quart de l’énergie consommée sur notre planète. Or, 95 % de l’énergie
consommée dans ce secteur est issue du pétrole. « L’évolution tendancielle »
du parc automobile mondial pourrait nous laisser croire qu’il y aurait 2, 5
milliards de véhicules en 2060 alors que nous n’en comptons aujourd’hui que
500 millions. Si les voitures tiraient alors encore leur énergie du pétrole,
notre civilisation aurait disparu.
Là aussi, tous les experts les plus objectifs sont unanimes pour affirmer
que le vecteur énergétique de l’avenir est non pas le pétrole mais
l’hydrogène. Pour préparer ce nouvel avenir, de très nombreux laboratoires
dans le Monde travaillent actuellement sur la pile à combustible. Celle-ci a
l’énorme avantage de produire de l’énergie avec de l’hydrogène et l’oxygène de
l’air en ne rejetant dans l’atmosphère que de l’eau (H2O).
Mais soyons vigilants.
En effet, le lobbying mondial du pétrole, particulièrement puissant, chacun
de nous le sait, prépare un coup qui pourrait être très grave pour notre
planète. Les pétroliers voudraient que l’hydrogène soit produit à partir du
pétrole. Ce serait une terrible erreur car le solde global d’émission de CO2,
qui est le principal responsable de l’effet de serre, serait toujours aussi
désastreux. Seule amélioration apparente : le CO2 ne serait plus produit
localement dans les grandes cités, là où sont concentrées les automobiles,
mais dans les centres de production de l’Hydrogène.
Soyons vigilants car les conséquences pourraient être particulièrement
graves.
La seule façon de produire proprement de l’hydrogène dans l’état actuel de
nos connaissances industrielles est de craquer par électrolyse l’eau pour en
séparer l’Hydrogène et l’Oxygène. Là aussi, tous les pays du Monde doivent
trouver le chemin de l’entente car il en va du sort de l’Humanité pour que
l’hydrogène soit produit à partir de l’énergie nucléaire et non pas du
pétrole. L’avenir énergétique qui permettra de définir le destin de l’Homme
est ainsi tracé. Il n’y a pas de voie alternative. Tous ceux qui nous disent
qu’il y a des voies moyennes telles que le gaz ou la pile à combustible
fonctionnant avec de l’hydrogène obtenu par « reformage » d’hydrocarbures se
trompent… et nous trompent.
Restons éveillés car c’est là l’un des sujets essentiels, où se joue sans
conteste le destin de nos enfants.
René Trégouët
Sénateur du Rhône
VOIR EN LIGNE :
Répondre à cette brève