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Philippe Eveillard a écrit : - Un article original est le fruit de travaux
dont les coûts sont supportés par des organismes publics ou privés. Dans le
système instauré par BioMed Central, les 500$ payés au diffuseur online ne représentent
qu'une partie (minime, parfois infime) du coût [et] ne sont rien en regard des
sommes versées (dans le système actuel) aux éditeurs pour entretenir un service
de documentation Jusqu'à présent, les éditeurs s'en mettaient plein les poches.
Les auteurs n'étaient pas payés (bien trop heureux d'être publiés) et une grande
partie des revenus des éditeurs provenaient des abonnements souscrits par les
institutions. Vous connaissez beaucoup de praticiens libéraux abonnés au NEJM
? C'est l'hôpital, l'Unité Inserm, la bibliothèque universitaire ou le service
de la doc du labo XYZ qui paient les abonnements. Aujourd'hui, c'est Biomed
Central qui récupère quelques sous pour entretenir un système de peer review
honnête. Et j'ai encore envie d'y croire.
Pierre :
Je souscris sans réserve à ces judicieuses remarques. Il faut en effet y croire,
pour espérer mettre fin aux rentes de situations (dont la perpétuation est toujours
néfaste) et pour faire profiter la collectivité des énormes gains de productivité
éditoriale qu'apporte l'Internet.
Mais l'angélisme est toujours de mauvais conseil. D'abord, comme toute révolution,
ce chamboulement économique ne se fera pas sans dommage collatéral. Ensuite,
nous devons garder vis-à-vis de ce nouveau système une vigilance critique, car
on aurait tort de croire qu'il sera dénué d'effets pervers.
"Gouverner, c'est prévoir" : devant toute innovation, mieux vaut imaginer
les conséquences à venir, voire les risques nouveaux qui nous guettent, plutôt
qu'attendre de les découvrir.
Un des problèmes du lecteur sera de "faire le tri" dans une pléthore d'offre
éditoriale gratuite.
N'oublions pas que la plupart des consommateurs estiment la qualité d'un
produit en partie (voire prioritairement, à tort ou à raison) à son prix, ou
au statut économique de son producteur [hors sujet, mais d'actualité : c'est
sans doute un des problèmes de la médecine générale dans notre pays !].
Il n'y aura plus que des "labels" parmi lesquels vont se reconstituer des
quasi-monopoles, c'est-à-dire in fine, sans aucun procès d'intention, une coterie
d'experts cooptés -
BioMed Central projetant à l'évidence d'en être.
Pierre
Besoin vital : publish or perish : La voila donc la révolution de
"l'internet libre" : on va faire payer les auteurs à la place des lecteurs.
http://www.infotoday.com/newsbreaks/nb020107-1.htm
- - Après tout, il ne s'agit que de l'argent d'organismes de recherche publics...
ou de sociétés industrielles
- - il y a longtemps qu'il n'y a plus de place pour des auteurs indépendants.
Est-ce là un mécanisme satisfaisant ?
En fait, oui... pour les auteurs : ils vont pouvoir "acheter" leur publication
et satisfaire leur besoin vital : publish or perish. Sous couvert de "permettre
le libre accès de tous à l'information scientifique", les auteurs veulent surtout
pouvoir être lus, vus et reconnus.
En devenant les payeurs, ils deviennent maîtres du jeu - et c'est leur intérêt.
Quant au lecteur, il ne peut plus exercer aucun pouvoir économique dans
ce système. Il ne peut pas (en s'abonnant) privilégier les meilleurs au
détriment des moins bons. Il ne peut même pas exprimer des exigences de consommateur
: après tout, c'est gratuit.
On pourrait craindre bien des dérives s'il suffisait de payer pour voir publier
sa production. Dans un tel système, immanquablement, le "prix de marché" s'accroît
tant que la demande (d'être publié) reste supérieure à l'offre (capacités pratiques
de reviewing, traitement éditorial et mise en ligne).
Quand les tarifs auront monté, c'est les labos qui vont être drôlement contents.
Pierre
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